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Baresiateamjura

la reproduction du brochet

28 Juin 2013, 20:48pm

Publié par thomas

 

  Une majorité des cours d'eau français n'abrite aujourd"hui plus les populations de brochets  que l'on peut retrouver dans les cours d'eau très préservés des pays nordiques ou du grand nord américain.

 

Certes notre gestion de la peche avec une maille autorisant à conserver des brochetons joue un rôle non négligeable dans l'état des populations, mais c'est surtout une faible efficacité de la reproduction qui caractérise nos cours d'eau aménagés par l'homme.

 

  Car avant d'etre la poutre de nos rêves, un grand brochet est tout d'abord un juvénile comme celui-ci 70 (mm bien sur!) au bout de quelques mois.

 

 

alevin-broc.JPG

 

  Le brochet est sans dout une des espèces de notre territoire la plus exigente quant à sa reproduction, comme le détaille la figure suivante:

 

 cycle brochet

 

  En bref, le brochet nécéssite pour sa reproduction:

 

- Une connexion permanente ou temporaire entre le cours d'eau et la frayère, pour permettre le passage des géniteurs du cours d'eau vers la frayère (en janvier/février) et la sortie des brochetons vers le cours d'eau (Mai/Juin)

 

- Le maintien du niveau d'eau pendant au minimum 45 jours pour couvrir toute la période de reproduction et de croissance (fin février à début Mai). Outre les oeufs, le premier stade de l'alevin est également fixé à la végétation par une glance cémentaire et est donc très sensible aux variations de niveaux d'eau.

 

- Une lame d'eau calme de 0,2 à 1m

 

- Un ensoleillement important pour assurer le réchauffement de l'eau au printemps (production de plancton) et développement de la végétation aquatique.

 

- La présence de végétaux, de préférence des graminées et supportant de longue durée de submersion.

 

 

Les conditions sont donc assez nombreuses, et se retrouvent rarement sur les cours d'eau dont l'habitat a été perturbé, même modérement.

Les aménagements tels que supression de méandre, chenalisation du lit, enfoncement du lit et donc augmentation des hauteurs de berge, réduction de la durée des crues sont autant de facteurs perturbant le fonctionnement des frayères à brochet ou entraînant leur disparition.

 

Les quelques bras morts et prairies inondables qui subsitent ne sont souvent pas mises en eau assez longtemps pour permettre une reproduction efficace. Dans le meme ordre d'idée, les retenues soumises à un marnage important ne fournissent pas des conditions propices. Les berges raides et le marnage ne favorisent pas l'implantation des végétaux et conduisent souvent à une exondation des frayères et des oeufs....

 

Dans la vallée du Doubs et de la Loue subsistent encore quelques sites intéressants, mais dont le fonctionnement est loin d'etre optimal.

 

Une baissière du Doubs mise en eau lors des crues, mais il est rare qu'une deuxième crue débordante survienne dans l'année pour permettre le retour des brochetons à la rivière.

frayere-broc1.jpg

 

  Une morte du Doubs avec une bonne connexion au cours d'eau, mais avec la faible durée des crues actuelles, les zones favorables sont parfois rapidement mises hors d'eau.

 

frayere-broc-2.jpg

 

Des anciens bras de la Loue, artificiellement recoupés et formant aujourd"hui des mortes. Le frai s'y déroule dans l'eau claire en permanence et riche en herbiers. On peut distinguer un broc sur une des photos....Par contre l'alimentation par la nappe phréatique du cours d'eau induit une température très fraiche et qui se réchauffe lentement au printemps. La production de plancton est faible, et les brochetons ont une croissance plus lente (les proies comme les alevins de cyprinidés sont également rares). De plus ces sites sont pêchés par les mangeurs de quenelles dès l'ouverture de mars....

 

 

frayere-broc-3.jpg

 

 

frayere-broc-4.jpg

 

Autant de sites à préserver ou à restaurer. Si vous en connaissez, parlez-en à vos AAPPMA ou fédérations afin de les réhabiliter, de les mettre en réverve etc....

 

  De mon coté, j'ai souvent remarqué que les biefs abritant des frayères permettaient de plus belles pêches. La première sortie de l'année en zodiac en début de semaine le confirmera, avec un joli poisson qui prendra mon jerk, un sympa pour Pierre et chacun une attaque manquée.

 

IMGP2095.jpg

 

IMGP2097.jpg

 

A bientot!

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oliv39 "Baresiateamjura" 03/07/2013 13:19

Intéressant l'article tout comme vos commentaires... Reste à se retrouver sur l'eau.Sur Le Doubs ?... Il faut montrer à Ludo comment on pique les poissons ! (cf : article "Retrouvailles avec mon
doux Doubs")

thomas 01/07/2013 23:07

Merci Quentin! en plus les lacs naturels bénéficient d'un niveau assez stable (encore que, tous sont plus ou moins géré hydrauliquement, ST Point par exemple)...
Pour la variété de prédateurs de nos eaux, leur chevauchement de niche écologique concerne principalement les proies, et dans les cours d'eau comme le doubs, la quantité de proies n'est pas
vraiment limitante par rapport à la faible densité de carnas

Dumoutier Quentin 01/07/2013 21:31

Sympa l'article !

Olivier B. : Le principal atout des lacs alpins concernant le brochet est la transparence de l'eau et un substrat favorable qui permet le développement d'une frange très étendue et pérenne d'une
famille d'algues appelée "Characées". Ces algues offrent de très grandes surface propices à la reproduction du brochet qui n'est pas limitant. De mon avis, le brochet est le roi de nos eaux, le
maître des prédateurs, c'est lui qui par son abondance limite le développement des autres prédateurs. Son efficacité de prédation est maximale en eaux claire ou il excelle. Pour qu'une population
correcte de sandre se développe pas exemple, il faut au départ que la population de broc soit périclitant ou que de fortes contraintes environnementales limitent sa suprématie (turbidité importante
pas ex). Les bons milieux a sandres sont avant tout les plus mauvais milieux à brocs. Pas de crainte à avoir de ce coté la et on ne peux que se réjouir d'avoir des espèces (sandres, glanes) qui
permettent d'offrir un énorme potentiel halieutique à des milieux saccagés par l'homme.

Quentin

Arno39 01/07/2013 10:04

Je crois que ton doc intéresse tout le monde Thomas. Si tu peux faire un envoi groupé par mail , ce serait sympa. Sinon on transférera.

Olivier Bernolin 30/06/2013 09:02

C'est toujours bien de parler de la reproduction du brochet, LE CARNASSIER autochtone par excellence, avec la perche, de nos rivières françaises.

Il est vrai qu'on parle beaucoup des frayères qui ont disparu à cause des aménagements de l'homme, mais l'aménagement de la rivière aussi pose problème. Même en multipliant les frayères, si le
poisson ne trouve pas un milieu adapté lorsqu'il retourne dans le cours d'eau, les efforts sur les frayères seront vains. Le visage de nos cours d'eau a aussi énormement changé et il n'offre pas
forcément les conditions nécessaires à un bon développement des populations de brochets. Il faudrait donc pouvoir travailler sur l'aménagemment de la rivière.
Mais quels types d'aménagement pour favoriser le maintien et le développement de ces populations?

Quand je pense aux poutres des lacs alpins ou de certains plans d'eau et de leur densité de brochets, il y a quelque chose qui m'interpelle: sur ces parcours le brochet y est le carnassier
principal et on n'y compte que perche voir truites de lac comme concurrents. D'où cette reflexion, la multiplicité des carnassiers est-elle propice au développment du brochet????

A débattre!!

Pour le doc, moi aussi il m'intéresse Thomas... pour une utilisation pédagogique (déformation professionnelle sans doute!!!)

Olivier... avec l'espoir qu'on se croise sur l'eau prochainement...

Jean-Louis 29/06/2013 18:16

Merci Thomas. Olivier, merci d'avoir agrandi le doc mais le texte en noir reste petit, et pas forcément lisible pour tout le monde.Sinon je vais aller m'acheter des lunettes de vue, car les
polarisantes n'ont rien amélioré...

thomas 29/06/2013 13:27

Salut Jean Louis,

J'espère que le projet comme ceux menés sur la Seille seront de plus en plus nombreux!

Je te fait suivre le document par mail lundi

Jean-Louis 29/06/2013 10:58

Bel article, très instructif. Il ne faut pas que les constats que tu fais nous mettent le moral à zéro mais plutôt encouragent les initiatives. Sur la Seille, les brocs sont peu nombreux et des
frayères ont vu le jour avec plus ou moins de réussite mais ces projets ont au moins le mérite d'exister. La fédé de Saône et Loire fait des articles d'ailleurs sur les projets de frayères qu'elle
mène sur différentes rivières. Ensuite le suivi de ces frayères est nécessaire pour connaître leur impact réel et on voit que les résultats sont irréguliers (la nature commande) et décevants
parfois. Mais si on ne fait rien...
Dommage que ton doc n°2 soit trop petit, je n'arrive pas à le lire. (je le veux bien par MP).