Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Baresiateamjura

Le Doubs coule, le Doubs s'écoule, le Doubs se meurt !

29 Août 2014, 10:13am

Publié par Arno39

pollution

PASCAL PRADIER a écrit cet article. Merci à lui. Quand allons nous comprendre que la course au pognon et la surconsommation en tous genres sont en train de faire crevrer la planète?

 

"Dans nos montagnes abruptes et rondes, dans un paysage aussi verdoyant que rude, chemine dans une langueur presque éternelle, le Doubs.

Il s'écoule voluptueux et doux dans une grasse paisible, à priori sans problème apparent.

L'hiver a fait son office, les eaux tumultueuses et froides de la fonte des neiges ont gommé en son sein toutes traces apparentes de pollution latente. Pourtant un venin indicible coule dans ses veines. Fruit de la consommation, de la surconsommation, que le poids des années d'un développement non durable, polluant mais profitable, a fixé au plus profond de ses sédiments et de son sol karstique.

En ce jour où j'écris ces lignes, au moment même ou vous les lisez, les célèbres truites zébrées meurent par dizaines, sans que personne ne sache pourquoi !!

Truites et ombres sont couverts de tubercules et de pustules blanchâtres dérivent inexorablement dans le lit qui les a enfantés. Un lit devenu pour un temps et pour combien de temps encore, décharge macabre.

Quelles en sont les raisons? Personne ne le sait ou plutôt personne n'ose se l'avouer ?

 

Notre cher Doubs, on ne lui aura rien épargné tout y sera passé. Chrome, cadmium, antibiotique, crues et décrues organisées par la fée électricité,  tout ce que l'on a pu produire de plus toxique et malsain, tout ce que l'homme sait faire au nom du profit, est là enfoui au fond de son lit. La mort rode féroce et hargneuse, tortueuse et brutale, prévenante et patiente. Elle prévient jetant avec parcimonie son dévolu sur notre magnifique rivière, l'homme ne la respecte plus !

Les associations de pêche, la Franco-Suisses et  la famille Triboulet en tête, luttent depuis des années dans une abnégation singulière, avec un dévouement sans limite, pour le soutenir, entretenir l'espoir de la vie. Pas pour le voir s'effondrer et mourir !

Il y a déjà quelques années, la sirène d'alarme tirée tout le monde s'est penché au chevet de ce qui n'était alors qu'un petit malade, pour comprendre pourquoi le Doubs toussotait.

C'était l'heure du constat, l'instant ultime de trouver le coupable, savoir enfin pourquoi la truite se faisait rare dans notre rivière si scintillante autrefois?

Le nombre d'adhérents aux sociétés de pêche est pris dans la spirale vertigineuse de la chute. Que sont devenus les pêcheurs qui parsemaient jadis les berges vierges de notre rivière?

Les hypothèses les plus folles ont été envisagées !

Ce sont les élections, diront les uns. On est en France d'accord, mais on ne vote pas tous les ans !  Le temps alors, diront les autres, tantôt trop beau, tantôt trop humide. On est dans le Doubs, les pissotières de la France disait Louis XIV, il n'y à rien d'extraordinaire à cela !

 

Et si c'était les poissons qui venaient à manquer ? Ou sont-ils donc passés?

Dans les congélateurs des pêcheurs c'est évident ! Il faut donc réglementer, interdire, on sait si bien le faire.

Les assemblées générales des l'AAPPMA regorgent de séances interminables de palabres à n'en plus finir ou les pêcheurs vont tour à tour s'étriper, chacun y allant de sa préconisation et de son interdiction.

C'est les pêcheurs à la mouche avec leurs nymphes prétendent les pêcheurs au toc. Que nenni  ce sont les pêcheurs au toc avec leurs grandes cannes prétendent les pêcheurs au vairon. Pas du tout ce sont les pêcheurs au vairon avec leur hameçons triples finiront par dire les pêcheurs à la mouche. La boucle est bouclée, il est possible que j'en aie laissé quelques uns sur la rive, je m'en excuse, ils me le pardonneront.

 

Intarissables préconisateurs de solutions miracles et pour certaines tout aussi stériles les unes que les autres, viendra le temps d'appliquer les remèdes. Alevinages,  parcours no-kill, augmentation de la taille des prises, diminution du nombre de prises journalières, création de parcours spécifiques pour les pêcheurs à la mouche, interdiction de rentrer dans l'eau avant l'ouverture de l'ombre pour protéger les frayères, interdiction de porter les waders sur certaines zones pour protéger les tufs, interdiction du bouchon lumineux, on interdit, on améliore ... mais rien n'y fait, le problème et ailleurs !

 

Les poissons continuent à disparaître lentement mais sûrement, aussi sûrement que les pêcheurs au bord du Doubs.

Vint alors le coupable idéale ce satané oiseaux piscivore de malheur, appelé Cormoran qui mangeait tous les poissons de ces pauvres pêcheurs.

Le Cormoran est aux truites du Doubs ce que Géronimo et sa tribus apaches fût aux soldats américains, un alibi !

On a donc organisé des plans de tirs à l'échelle du département, encadrés par des gens compétents,  pour réguler ce maudit "piaf". Des cormorans sont tombés par centaines chaque année depuis bientôt dix ans et pour autant, les poissons sont toujours de plus en plus absents. Le cormoran, encore une victime de notre insatiable gourmandise, de notre développement déraisonnable.

 

Tous ceci n'a pas été fait à la légère, des études très sérieuses ont été commandées par le bureau de la Franco-Suisse à des scientifiques de renom et cabinets d'experts pour comprendre, analyser ce qui ce passe réellement. Des rapports alarmants sur l'état sanitaire du Doubs en sont ressortis. Je vous invite à les consulter sur le site de la Franco-Suisse à l'adresse électronique de la Franco_Suisse, www.goumoispechesloisirs.fr dans la rubrique Action Environnement.

 

Il est temps aujourd'hui d'ouvrir les yeux, à l'aube d'une énième ouverture de la pêche qui aura lieu le 1er Mars prochain à Goumois.

Le Doubs ne tousse plus, il est gravement malade, pour ne pas dire moribond. Va t-on laisser consommer ce poisson sans rien dire ?

 

Les autorités publiques sont aujourd'hui alertées, les maires locaux,les députés,les sénateurs doivent se mobiliser pour sauver le Doubs

Plusieurs courriers, à la demande de l'AAPPMA "la Franco-Suisse et gorges du Doubs" et de son président Christian TRIBOULET ont été adressés par les élus au ministère de l'écologie et du développement durable. Ces courriers alertent en personne madame la ministre, sur l'état sanitaire alarmant du Doubs, ainsi que sur les modes de fonctionnement des usiniers qui turbinent brutalement les eaux, compromettant gravement les écosystèmes.

 

Martial Bourquin,  Sénateur Maire d'Audincourt, en personne, se penche sur ce dossier avec comme souci majeur de créer une gouvernance au niveau des états pour traiter d'urgence la problèmatique. car en plus de la dégradation des échosystèmes, il existe maintenant un problème sanitaire majeur au niveau de la consommation d'eau potable du pays de Montbéliard.   

 

Je vous invite à cet égard à consulter la rubrique Infos Pêche onglet Hydrologie du site de la Franco-Suisse, pour constater l'effet des turbinages sur les courbes des débits au jour le jour.

Espérons que ces courriers, où les doléances sont clairement exposées, ne restera pas lettre morte comme c'est trop souvent le cas.

 

Il y a urgence le Doubs meurt à petit feu et nous sommes tous concernés, pêcheurs, naturalistes, observateurs de tous poils, promeneurs occasionnels, petits et grands, jeunes et vieux, simples citoyens et politiques de tous bords, consommateurs, agriculteurs, industriels et tant d'autres encore. Ce n'est pas seulement une économie locale qui va s'effondrer, c'est un patrimoine écologique sans équivalent, c'est tout un écosystème irremplaçable, du micro plancton au plus gros de la chaîne alimentaire qui va disparaître.

 

Perché sur le rocher du Singe un après-midi d'hiver à l'aplomb de Goumois je me suis assoupi, dans une herbe folle et fraîche, baignée de soleil. Je le rêve s'étirant dans la vallée, libre, remplissant comme il l'entend, tendrement ou brutalement le cour de son lit, sans que personne ne lui impose, ni marche forcé, ni repos. Semant au gré du temps, la vie dont tout le monde dépend. Brutalement je me suis réveillé la réalité m'a rattrapé.

 

A force de shoots et de fixes, il est là, tel un junkie à l'agonie, prêt à sombrer dans les méandres alambiqués de notre folie ! J'avale la pente, me précipite à son chevet, je tends l'oreille, j'écoute, je cherche un souffle de vie murmurer sous les galets.

Le Doubs coule, le Doubs s'écoule, le Doubs se meurt !"

Commenter cet article

ludo71 02/09/2014 09:23

Comme je le dis souvent, nous faisons tous partie des consommateurs qui, bien souvent sans le savoir, encouragent par notre consommation ce genre de dérives. Par contre il est du devoir de nos
élus, justement élus et payés pour ça, d'alerter la population sur ces problématiques et d'orienter les moyens (conséquents) mis à leurs dispositions pour les résoudre. Or pour les rivières, c'est
la politique de l'autruche: ils savent mais ne font rien. Rien oui parce que la mortalité de quelques poissons n'émeut pas grand monde, si ce n'est quelques pêcheurs par ci par là qui n'ont aucun
pouvoir et ne représentent qu'une fraction infime de leurs électeurs. Les élus ne s'occuperont réellement de ces soucis (coûteux) que quand les problèmes interpelleront l'opinion publique, c'est à
dire quand cela fera payer l'eau potable trop chère pour son traitement, ou lorsque qu'un gamin sera infecté lors d'une baignade et que les médias s'empareront de l'affaire. Il est beaucoup plus
facile et populaire pour un élu de mettre son énergie et ses moyens dans des infrastructures type routes écoles salle des fêtes... parce que ça intéresse tout le monde (pas seulement quelques
pêcheurs) et que ça se voit. Mais les signaux envoyés par nos compagnons les poissons (véritables indicateurs) et relayés par nous les pêcheurs montrent un mal profond, complexe et nos chers élus
devraient le comprendre : dépolluer un bassin versant, ce n'est pas "juste" pour sauver les poissons... c'est enlever le poison qui s'insinue dans les veines de notre pays, et c'est réellement ça :
un poison qui a des effets insidieux plus graves qu'une simple mortalité piscicole...
Donc je ne suis pas pessimiste puisque je pense que la situation va s'améliorer, mais ce sera très très long, plusieurs dizaines d'années... en espérant qu'à ce moment là, nous n'ayons pas encore
franchi le point de non retour...