Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Baresiateamjura

Prélèvement réfléchi

30 Mai 2013, 15:00pm

Publié par ludo71

Je commence ici un article sans savoir s’il sera long.  De toute façon avec ce temps pourri et les crues, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire… Certains thèmes ont déjà été abordés dans des précédents reports.

 

Je vais parler ici prélèvement de poisson pour sa consommation personnelle, et bien évidemment je ne parlerai que de ma manière de voir les choses, mais sans vouloir donner des leçons. Je pars du principe que chacun voit et pratique sa pêche comme il l’entend, dans les limites imposées par la réglementation, le but étant avant tout de se faire plaisir.

Mais à la dimension de la réglementation pure et dure, on peut également en ajouter une autre : la dimension du prélèvement réfléchi. A titre personnel, je ne pense pas faire partie des viandards ni des no-killers intégristes, et pour bien situer mon discours je garde quelques sandres bien maillés par an (de toutes façons je n’en prends pas beaucoup), très rarement un brochet, un ou deux petits silures par an, et quelques grosses perches. Mais en fait, je n’attaque pas une saison en me disant : « cette année je garde 5 sandres, 1 bec, 3 silures » … J’avise en fonction de la situation.

Et c’est là qu’intervient la notion de prélèvement réfléchi. A mon sens cette notion en introduit plusieurs autres.

En tant que pêcheurs, l’un de nos principaux leviers d’action sur la faune piscicole est notre prélèvement. Je suis bien d’accord que la pollution, l’urbanisation, les cormorans… sont bien plus meurtriers que le plus vilain des viandards.  D’ailleurs je ne suis absolument pas d’accord avec certains qui en prônant le no-kill à 100% veulent nous faire croire que c’est grâce à ça que l’on verra nos rivières se repeupler. A mon sens, c’est archi-faux et ça fait culpabiliser ceux qui gardent leur poisson, et certains ne prennent plus leur carte pour un loisir dans lequel ils ne se reconnaissent plus. Le no-kill est juste une contribution, et pas facile à évaluer qui plus est (mais qui selon moi doit être assez mince). Mais avec notre statut de « pêcheurs », nous pouvons tout d’abord agir sur nos prélèvements.

Cela ne veut absolument pas dire tout relâcher, mais je trouve un peu simpliste et réducteur de dire « de toute façon si c’est pas moi qui le bouffe ce sera un autre pêcheur ou un cormoran ».

Commençons déjà par incarner l’évolution dont nous serons les premiers bénéficiaires, sans forcément toujours attendre que ce soit le voisin qui prenne les devants. Si tout le monde attend que son voisin s’y mette, en se regardant les uns les autres, on peut attendre longtemps ! Mais si vous avançez d’un pas, peut-être que d’autres suivront…

En tous les cas, de par nos manières de prélever, on prépare en partie la réussite des pêches des années qui suivent. Et ce qui est sûr c’est qu’un poisson cuit ne se reproduit pas…

Pour ma part, suivant les eaux que je pratique, je me mets par exemple une maille différente. J’essaie déjà si possible de relâcher systématiquement les sandres de moins de 50 à Vouglans, j’estime qu’il y en a suffisamment des plus jolis pour se faire plaisir. En plus un sandre de 42cm ne s’est pas forcément déjà reproduit. Cela ne veut pas dire que je garde systématiquement ceux de plus de 50, et que je ne garde jamais un poisson de moins de 50…  Par exemple si je trouve qu’un sandre de 42 a le triple « coffré » ou si je lui ai flingué une branchie, je ne vais pas le remettre à l’eau… Ce serait un peu con. Ou si je prends un sandre de 55cm piqué juste sur le bord, il est très probable qu’il reparte…

Autre exemple, je ne garde jamais un brochet pris en Seille ou un autre secteur mal peuplé (sauf s’il est abimé), mais cela m’arrive d’en garder un beau par an où j’en prends régulièrement.

En ce sens je suis 100% pour des quotas journaliers couplés à des quotas annuels, ainsi que des mailles augmentées. D’ailleurs, nous ne sommes pas forcément obligés d’attendre que la réglementation nous rattrape, on peut la devancer !

De la même manière, quelqu’un qui pratique toute l’année sur des grands lacs tels que Vouglans serait bien avisé d’être un peu plus no-killer au printemps sur les poissons pris dans peu d’eau, et du coup pourra se permettre de garder quelques poissons en automne / hiver qui à cause de la décompression seront peut-être condamnés.

Je fais partie de ceux à qui cela fait un peu mal au cœur d’assommer un sandre, ou pire un bec ou encore pire une truite, mais parallèlement j’adore déguster un beau poisson que j’ai pris, préparé, cuisiné… tout ça en famille ou entre amis…

Au bord de l’eau, on peut également essayer de sensibiliser les viandards à moins viander (et peut-être même les no-killers à remanger quelques poissons… lol  là je pousse un peu mais c’est l’idée que je veux faire passer). Ce que je veux dire, c’est que si vous voyez un gars garder un petit sandre de 45cm tout noir, ou en entasser 10 dans son bateau… vous pouvez essayer (j’ai bien dit essayer) d’aller en discuter avec lui. Bien évidemment sans l’insulter, tout en douceur. Il ne sera probablement pas convaincu par vos arguments et en sortira des tout aussi pertinents (variation de niveau au printemps, cormoran, pollution,…) mais peut-être que répétée, l’idée fera son chemin et 5 ans plus tard il relâchera un poisson de temps en temps.

J’ai un exemple concret.

Je Je connais un pêcheur au carré qui garde tout (sandres silures carpes becs…). Quand je dis tout c’est tout, il ne relâche rien de rien. Pour moi c’est un « viandard » au bon sens du terme. C’est-à-dire qu’il adore manger du poisson, sans distinction d’espèces, il n’en vend pas. Et quand je lui raconte ce que je relâche il me rétorque « si ça avait été moi je l’aurais remis à l’huile ! ». Mais c’est un type génial, un super ami à moi et je l’adore…puis de toute façon ce n’est pas en lui disant « pas bien » qu’il changera…. Mais à force de discussion, parfois animées, et d’argumentation j’ai réussi à lui faire admettre, en toute bonne foi,  que l’augmentation des tailles de capture et les quotas étaient une bonne chose. C’était un petit pas mais un pas quand même…

De la même manière, il y a quelques années alors que je ne pêchais pas beaucoup les carnassiers en barque, j’ai entendu et vu deux pratiques que l’on ne devrait plus voir aujourd’hui. Le premier est un pêcheur pas bien vieux, très sympa (du genre 40/50ans) avec bass-boat et tout l’équipement. Il prend plus de 100 sandres maillés / an à Vouglans et se vantait de tous les garder. Bien évidemment il est probable qu’il en vende. Vendre le produit de sa pêche de loisir, voilà un comportement qui me choque. Donner quelques poissons, pourquoi pas… mais les vendre ! C’est à condamner, mais si vous connaissez quelqu’un qui a ce genre de pratique, ça ne sert à rien de l’insulter…seulement discutez-en.

Autre pratique complètement contre-productive et qui a déjà été évoquée sur ce blog : flinguer les sandres sur les frayères. Pour moi c’est vraiment se tirer une balle dans le pied. Il y a quelques années sur Vouglans, lors de l’une de mes toutes premières sorties. Avec un ami on arrive dans 8 mètres d’eau et bing je prends un sandre de 50 tout noir…ignorant à l’époque et tout content de moi je le garde. Ni une ni deux, deux autres pêcheurs, bien moins ignorants que nous les pirates, nous grillent la priorité, se calent dans deux mètres d’eau et sortent 10 sandres en 20 min, les empilent dans le bateau puis repartent… J’ai HA-LLU-CI-NE. Ils n’en ont pas remis un seul, ils n’ont même pas continué après juste pour le plaisir… Et même si je condamne la pêche sur les frayères, même en nokill, ça m’a vraiment fait penser à deux gars qui faisaient leurs courses, remplissent le panier, puis repartent (ou pire vont recommencer plus loin).

Là je m’adresse à ceux qui peuvent avoir ce genre de pratique : vous ne commettez pas un crime, mais en gardant 1 sandre pris sur une frayère, vous en condamnez des centaines, voir des milliers, donc s’il vous arrive d’en prendre un tout noir, remettez-le ; l’idéal est de passer son chemin lors que l’on sait que c’est une zone de frayère.

 

En résumé, je ne suis pas pour la communication 'no-kill à 100%", puisque c’est nous endormir sur les vrais soucis et ça monte certaines catégories de pêcheurs les uns contre les autres. Le monde de la pêche de loisir doit rester uni, passer outre les divergences d’opinion. Mais avec un prélèvement plus réfléchi, adapté à l’espèce et à l’endroit pêchés, on peut déjà améliorer la situation.

 

 

 

 

 

 

 

Commenter cet article

Lionel 02/06/2013 10:12

Article intéressant car il fait apparaître une réflexion sage et tolérante...
Je partage !

oliv39 "Baresiateamjura" 01/06/2013 11:16

Les corégones se reproduisent bien c'est un fait mais l'alevinage effectué chaque année par dizaines de milliers aident également ! Avec les truites de bassine à l'ouverture, le corégone représente
l'effort principal en terme d'alevinage par les gestionnaires de ces plans d'eau. Après étant donné la pression de pêche ils doivent être chanceux pour survivre ! Les pêcheurs de Chalain se
plaignent assez de prendre beaucoup de petits. Forcément ce sont les seuls à être relâchés, à 32cm c'est coup de matraque, ça limite le nombre de gros sujets mais il s'en prend quand même
quelques-uns, des rescapés... Un pris, un de moins !

William 01/06/2013 08:38

Tiens puisque tu parles du corégones, je ne connais pas comment se passe la fraie pour cette espèces, mais c'est quand même impressionnant que l'espèce soit en grande quantité , vu la pression de
pêche exercé sur ce poisson je pense notamment sur chalain, et la pratique du no kill quasi inexistante.

oliv39 "Baresiateamjura" 31/05/2013 21:56

Je te rejoins également. Après j'adopte un comportement différent d'abord en fonction des espèces puis des lieux. Je relâche depuis presque 15 ans l'intégralité de mes truites, celles-ci ayant déjà
bien du mérite à survivre dans nos eaux polluées, eaux écumées en plus par endroit par des viandards à plumes ou à poils, tous à 2 pattes !
Les sandres, on s'était fixé une maille à 60 avec Audrey et je m'aperçois au final que je ne ramène que les sandres condamnés. Condamnés pourquoi ? Par la pêche pratiquée. A titre d'exemple en 2012
ce fut 4 sandres, tous pris lors de la même sortie (15 poissons, 4 flottaient pfff), la pêche dans 20 mètres en novembre leur a été fatale, au final je n'ai fait que 3 sorties cet hiver et ce n'est
pas plus mal ou alors il faut pêcher dans moins d'eau mais il n'y a pas de poissons ! Ramener un sandre en début de saison c'est impensable pour moi donc sans être pour un no kill intégral je suis
pour un prélèvement raisonné général, disons que cela évite d'amplifier le comportement de certains qui matraquent les sandres sur les frayères à l'ouverture ou même avant et à l'automne où tout ce
qui mord est mort. Le brochet ? En ramener un de Vouglans me paraît mal venu à l'heure où l'on aimerait le voir retrouver sa place sur ce lac, le dernier que j'ai ramené de Vouglans c'était en juin
2010, il pissait le sang. Je m'adapte aussi en fonction des lieux : en 2011 j'ai ramené un brochet maillé pris sur une rivière de 1ère catégorie (j'essaie de respecter la réglementation). Cela a
permis à mes parents de manger un poisson que j'ai pêché, c'était le dernier et ils s'en plaignent assez lorsque des gens leur parle de pêche et de la chance qu'ils ont d'avoir un fils pêcheur, tu
parles !!!
Je ramène quelques perches de plus de 35 cm plusieurs fois dans la saison (si j'en prends !), et côté pratique je relâche tous mes poissons pris du bord ou en float tube, même les silures ! Depuis
2011 cette dernière espèce, c'est récent donc, est épargnée par ma bêtise ou mon ignorance, ma position a évolué car j'avoue que je voyais d'un mauvais oeil sa présence à Vouglans. Son impact n'est
peut-être pas celui que certains aiment à décrire lorsqu'ils accumulent les bredouilles, et puis il s'y trouve car les hommes l'y ont introduit, donc il faut assumer et respecter le poisson comme
tous les autres.
Pour manger un bon poisson ? Je vais au corégone en début de saison et à cette occasion je ramène quelques poissons sans abuser. Ce que pensent les autres de mon comportement, ça les regarde,
j'espère seulement que nous serons de plus en plus nombreux à pêcher pour le plaisir afin de pouvoir dans quelques décennies parler pêche au présent. Voilou. J'oubliais, quand je vais pêcher loin
de chez moi, ce que je ne fais pas assez à mon goût, j'adopte le même comportement et ne donne pas du poisson à tout le village en rentrant...

William 31/05/2013 19:25

En total accord avec toi!

L'avenir de la pêche ca passe par une protection des frayères, c'est à mon sens encore plus important que le no kill intégral.

Moi aussi je garde quelques poissons dans la saison, mais lorsque je prélève un poisson c'est sur des secteurs ou je sais qu'ils sont bien réprésenté : par exemple les brochets je préfère en
sacrifié un dans certain plan d'eau ou je sais qu'ils sont en très forte densité plutôt que ailleurs.

Par exemple le sandre j'en prend tellement peu dans une saison autour de Besançon que pour moi c'est prélèvement 0. Le dernier sandre que j'ai gardé c'était a Vouglans en 2005 me semble t'il. En
revanche, chaque saisons je garde une ou 2 belles perches du Doubs car je sais que l'espèce est bien représentée.

gilles 31/05/2013 14:49

mon parcourt ressemble a celui de jean louis.c est vrais au début ça m a fait bizarre et bien fait rire les collègues qui me connaisse.il est vrais que pour ma génération cela ne faisait pas parti
de notre éducation pèche ! ce sont des jeunes de 25 a 30 ans qui mon doucement amené a un prélévement raisonnable.le pire dans tout ça j ai frolé la correctionnel pour avoir relaché un brochet chez
nos amis helvétique !!!!!!!!

Jean-Louis 30/05/2013 21:27

Je partage ton point de vue. J'ai d'abord tout gardé à partir du moment que c'était maillé puis avec la truite j'ai commencé à relâcher mes premiers poissons. Le sandre c'est venu plus tard et ça
m'a fait drôle le 1er que j'ai relâché mais je me suis habitué. Mais c'est vrai que quand je dis que je relâche certains poissons, certains n'en reviennent pas. D'ailleurs les dernières réflexions
sont au sujet des 2 poissons qu'Oliv B a pris et relâché au Léman lorsque je l'ai accompagné : quand même toute cette "viande"!
Sur certains secteurs je relâche tout et j'évite de garder plusieurs poissons sur le même parcours.Cette année j'espère déguster quelques poissons et en gracier beaucoup d'autres : on verra suivant
les prises, faut pas s'emballer.